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Le jour de l’échographie: une humeur de femme enceinte

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Mercredi 26 octobre: LE JOUR DE L’ECHOGRAPHIE, une humeur de femme enceinte.

Je prends le métro à Jourdain pour descendre jusqu’à Boulogne, parce que l’échographe m’a été chaudement recommandé par ma gynéco. Mon humeur de femme enceinte est variable…

Et comme souvent, la 11 est blindée de monde, mais comme je n’ai pas l’intention de m’y éterniser, je fais un petit Sudoku sur mon portable en attendant d’arriver à République et de faire mon changement pour la ligne 9. Ligne également blindée, comme il se doit.

Je dois dire que depuis que Junior s’est installé au creux de moi, il m’est plus compliqué de rester debout, d’autant que mon voyage va durer 45 à 50 minutes jusqu’à bon port, et je dois avouer que je n’ai aucune intention de rester debout…

Et je regarde mes compagnons de voyage.

Et un de mes compagnons de voyage me regarde.

Mais tu baisses les yeux, compagnon, lâchement, parce que tu obéis à la règle tacite de ne pas soutenir un regard humain plus d’une seconde, car tu sais en tant que citadin sollicité, que si maintiens ce regard, on va OBLIGATOIREMENT te demander quelque chose : 1€, un ticket resto, ton 06, ou bien MALHEUR, ton strapontin pour lequel tu t’es battu en silence et avec l’agilité d’un petit danseur.

Mais tu baisses les yeux.

Tu m’as bien vue, avec mon petit bien arrondi et tu baisses les yeux. Et tu as bien raison, mon copain parisien, parce que je vais te le soutirer ton strapontin.

C’est pour ça que je soutiens ton regard. Tu n’es pas de taille à affronter mon humeur de femme enceinte, petit.

Tu m’as bien vue, avec mon petit bien arrondi et tu baisses les yeux, fripon.

Je demande donc à ta voisine, pour te faire culpabiliser et aussi pour faire jouer la solidarité féminine : « Excusez-moi : j’ai un petit bébé dans le ventre, auriez-vous la gentillesse de me laisser la place s’il vous plaît ? »

Et ta voisine dit que mais oui, absolument, et ma manipulation un peu vile a fonctionné, puisque tu veux tout à coup faire le gosse beau et tu me dis avec un sourire forcé : ménonjevouzenpri, et je te réponds, avec beaucoup de condescendance (pardon, ce sont mes hormones de future maman donneuse de leçon, et j’avoue que je suis fière de ma mesquine entourloupe) : « Oh, merci, que c’est gentil à vous ».

J’arrive donc chez l’échographe.

Et il fait son échographie.

Et.

JUNIOR !

Tu mesures 3,5 centimètres et tu as déjà des petites oreilles.

Des oreilles !

Et tu danses un peu dans mon ventre.

Et je pleure, je pleure, je pleure.

Je ne sais plus du tout qualifier l’état de mon humeur de femme enceinte.

Je suis enchantée de te voir pour la première fois.

L’échographe me dit qu’il faudra revenir dans une dizaine de jours, parce que tu n’es encore qu’un embryon, et que tu seras un fœtus dans quelques jours, mais que tout se présente très bien, mais que mieux vaut être sûr, sûr, et qu’en plus, cela donnera l’occasion au papa d’être là, et du coup dans mon trajet de retour dans le métro (et cette fois je n’ai pas eu à putscher une place puisque c’était libre), je tape : « différence entre embryon et fœtus » sur mon téléphone intelligent et je tombe sur cet article fort intéressant : http://education.toutcomment.com/article/quelle-est-la-difference-entre-embryon-et-foetus-7801.html, et je me dis que tu m’apprends déjà un tas de trucs, Junior, en plus de ne pas me donner de nausées matinales, mais de me faire pleurer devant des publicités Amazon ou bien lorsque j’ai raté mes hamburgers maison que j’avais préparés uniquement pour faire plaisir à Mignoux, qui se tue à la tâche et qui mérite bien une petite consolation à la fin d’une difficile journée à essayer de vendre des concerts des Beach Boys alors que tous les membres du groupe original sont soit morts, soit partis.

Quoi qu’il en soit. Je retournerai chez l’échographe dans une dizaine, et cette fois-ci, ton papa sera là pour te voir et lui aussi, il va pleurer, parce que c’est SI émouvant un tout petit bébé, comme ça, de 3,5 centimètres, qui danse en s’accrochant à son cordon ombilical, on dirait une petite noix qui ferait du Pole Dance, c’est un miracle, la vie.

ET JE T’AIME TELLEMENT PARCE QUE TU ES MA PETITE NOIX QUI FAIT DU POLE DANCE ET TU ES UNE CREATURE MERVEILLEUSE DE L’UNIVERS, QUI QUE TU SOIS !

En rentrant à la maison, je suis prise d’un « craving » :  une irrépressible envie de me tartiner de crème hydratante Palmer’s, qui est une marque australienne formidable à base de beurre de cacao et qui sent divinement bon.

Mon compteur d’humeur de femme enceinte explose, trop de variations! Je me retrouve à Monoprix, ce qui est dangereux pour moi, je suis complètement dupe de tout leur merchandising et dans mon état hormonal, ce n’est vraiment pas prudent.

Et je ne trouve pas ma crème cacaotée Palmer’s, mais une publicité que je lis rapidement m’informe que pour 2 produits achetés, j’ai 30% sur le second, et là je vois les produits Dove, et je me souviens qu’ils avaient fait des publicités où ils disaient que les femmes, c’est bien (c’est tout ce que mon cerveau hormonal retient, parce qu’en ait, la pub était un peu plus consistante que cela, ils avaient engagé des femmes au « physique atypique » (comprenez, des vraies meufs et pas juste des anorexiques fumant du Cristal Meth).

Donc, en toute logique, j’achète 6 pots de crème Dove, et la caissière me sourit bizarrement et je lui dit avec un sourire complice, que je vais avoir de la crème pour tout l’hiver et elle me regarde avec un peu de condescendance et peut-être aussi de la peur, mais ça, c’est bien normal, c’est le karma qui me renvoie ma propre condescendance de tout à l’heure, rapport à mon copain du métro parisien.

Youpi, un nouvel ascenseur dans mon humeur de femme enceinte.

En sortant, du magasin, je vois qu’en fait, il y avait de la crème Palmer’s, juste à côté de tous les calendriers de l’avent de Noel (tout est normal, c’est juste dans 6 semaines !) et je me dis que tant pis, je reviendrai m’acheter le calendrier de l’avent et je le mangerai tout le calendrier Kinder toute seule en me tartinant de cette crème au cacao, en regardant des vidéos de foodporn (c’est une addiction que j’ai développée il y a peu, mais je passe un certain temps, que je me refuse encore à compter, à regarder des vidéos où l’on prépare des recettes à base de graisse, de bacon, de fromage, de sucre et de trucs fondants, et c’est très satisfaisant), et Mignoux n’en saura rien à moins qu’il ne fouille dans le tiroir sous notre lit et là ce sera la honte absolue mais comme je porte notre enfant il sera obligé de m’aimer quand même.

Non, je résisterai à l’achat d’un calendrier de l’Avent pour moi toute seule, et jusqu’à ce que tu arrives, Junior, j’irai faire mes courses à Lidl parce que c’est un endroit franchement pas cher et surtout déprimant, ce qui évite toute tentation consumériste.

Sur ces entrefaites, je rentre à la maison pour chercher du travail un CDD de quelques mois, en tant qu’éducatrice, dans l’objectif de me recréditer des droits Pôle Emploi en vue de pouvoir me prendre un peu de temps pour un congé maternité, que dans un monde idéal des Bisounours, j’aimerais faire durer 6 mois.

Parce que je suis « demandeuse d’emploi en création d’entreprise » depuis un an. Super Poppins était jusqu’à présent mon objectif principal, mais soyons réaliste : je ne vais pas pouvoir animer   des ateliers enfants-parents très longtemps, c’est beaucoup trop physique, et puis nous avons pour projet de partir vivre à Arles.

Donc l’urgence est de travailler, me cotiser de nouveaux droits, pour retourner travailler à Arles (ou dans la région) et développer de nouvelles activités pour Super Poppins.

Pour l’instant je vais miser sur l’écriture de cette merveilleuse prose et sur le développement du réseau de professionnelles (les pros petite enfance sont des personnes formidables, c’est un fait !)

On verra bien pour la suite.

Allez, allez, allez, je peux le faire.

2 Comments
  • Florr

    11 décembre 2016 at 0 h 48 min Répondre

    Impressionnant comme c’est moi il y a 9 ans 🙂

    • superpoppins

      11 décembre 2016 at 11 h 16 min Répondre

      Et oui! Je me suis dit, en écrivant, que beaucoup de monde était passé par là, c’est pour cela que je voulais laisser une trace écrite de cette aventure 😉

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